end ?

Je publierai sans doute de plus en plus rarement des nouvelles, car si l'inspiration avait disparu depuis quelque temps, elle a réapparu, mais pour commencer...un roman. Je ne le publierai pas sur internet, parce que j'ai bien l'intention de le finir avant de le faire lire à qui que ce soit.
Voici mon adresse msn pour ceux qui voudraient discuter littérature (mais pas forcément !) geo_964@yahoo.fr (oui, c'est bien une adresse msn !)

# Posté le samedi 20 mai 2006 04:22

Le clown salue

Le clown salue
Le clown salue. Il est seul au milieu de la piste. Il sourit de toutes ses dents sous les aplaudissements, mais son sourire forcé, trop large, fendille le maquillage. Il se baisse pour un nouveau salut, mais surtout pour ne pas que l'on voie que le noir de ses yeux a laissé deux longs sillons sur ses joues blanches. Il sort en courant de la scène, pour laisser place au funambule et à son numéro spectaculaire. Comme il l'admire...comme il aurait voulu lui aussi avoir cette légèreté, marcher sur ce fil si fin, au dessus des gens, au dessus du crottin de cheval et d'éléphant où lui se voyait contraint de se rouler pour faire rire les gens. Il aimerait tant être agile, aussi beau, seul au dessus de tout, acclamé parce qu'on l'admire, et non parce qu'on le méprise.
Mais il s'efface docilement ,cède la place et rejoint sa roulotte en retenant ses larmes. Plus de cris, plus de rires, il est seul, seul face à son reflet qui grimace. Il a beau en mettre toujours plus, le maquillage résiste de moins en moins sur sa peau qui s'abîme en dessous. Pourtant il tient vraiment à ce visage qui n'est pas le sien, et redessine inlassablement ce sourire immense et faux, d'un trait de crayon rouge et gras. Il maquille toujours ses yeux, pour qu'on ne distingue pas le néant qu'il y a derrière. Cela fait si longtemps qu'il joue ce rôle, il ne peut plus y renoncer,au risque de voir ce public l'abandonner. Il veut continuer à voir leurs sourires s'élargir à chacune de ses chutes, desquelles il se fait semblant de se relever sans mal, alors que la douleur se fait plus forte chaque fois.
Mais c'est indéniable : le maquillage a commencé à céder, et il a de plus en plus de mal à dissimuler les morceaux de son vrai visage, horrible et effrayant. Il tente de se cacher, il ne veut pas de leur condescendance, il veut continuer à mentir, jouer la comédie. Il veut juste se plonger à corps perdu dans ce rôle qui sonne chaque jour plus faux. Mais de moins en moins de gens aiment son spectacle, on sent bien qu'il a perdu son ancienne verve, son énergie, sa puissance. Il n'innove plus, rejoue les mêmes blagues qui faisaient rire autrefois, et qui aujourd'hui laissent indifférents, agacent même parfois. Et plus le temps passe, plus il a l'impression que le fil du funambule est haut, hors de portée. Et il a le sentiment qu'il y a chaque jour plus de crottin sur la piste. Il voit également les gens partir pendant son numéro. Les gens viennent là pour rire, ils ne veulent pas d'un clown triste.
Alors un jour, le maquillage ne tiendra même plus sur son visage et les gens prendront peur, un jour le fil du funambule sera si haut qu'il ne le verra plus, un jour la piste sera tellement envahie de crottin qu'il s'y étouffera, tandis que les gens auront déserté le chapiteau pour aller admirer le funambule, si léger, aérien, s'élancer dans les étoiles, en équilibre si fragile au dessus du néant

# Posté le lundi 24 avril 2006 08:13

Qui-es tu ?

Qui-es tu ?
Qui est cette femme qui me regarde ? Elle me ressemble un peu me dis-je en plongeant mon regard dans ses grands yeux verts. Je l'observe depuis quelques minutes, non pas à la dérobée comme j'en ai l'habitude, mais fixement. Elle soutient mon regard et il semble même que cela l'amuse un peu. J'avoue qu'elle m'intrigue, tant ses traits me sont familiers.
J'a
ime bien sa coupe de cheveux. Courts, légèrement ébouriffés comme si elle venait d'y passer la main. Je crois que c'est cette coupe que j'aimerais avoir plus tard, mais pour l'instant je garde, comme un trésor sentimental, ma masse de cheveux châtain clair qui coulent jusqu'en bas de mes reins. Peut-être que c'est ce qui me relie encore à la petite fille que j'étais, cette enfant que j'aimerais encore être parfois...
Je
souris et elle me répond presque simultanément, ce qui me surprend. Elle affiche à son tour un air étonné. En la regardant de plus près, je me rend compte que ce n'est pas vraiment une femme, mais plutôt une jeune fille qui a mis un pied dans le monde adulte. Je le sens, j'en suis sûre. Je me dis que moi, contrairement à elle, j'ai le temps, que je peux encore être insouciante. Cette pensée me réjouit mais en croisant son regard de nouveau, je ressens comme un malaise.
El
le s'est mise à pleurer. Je sens que sur mon visage coulent aussi des larmes, mais je n'avais pourtant rien senti avant de la voir. Je viens à l'instant de prendre conscience du sanglot qui m'enserre la gorge.
P
rise d'un doute subit, je porte la main en bas de mon dos pour toucher mes longs cheveux, mais mes doigts ne rencontrent que le vide. L'angoisse me saisit lorsque je croise le regard apeuré de la jeune femme. Partageons nous la même crainte ? Pour en être certaine, je lève la main vers ma tête, pour sentir mes cheveux courts qui m'effleurent les doigts. La surprise a de nouveau succédé aux sanglots, et légèrement effrayée, je recule, tandis que tout s'éclaire peu à peu dans mon esprit. Tandis que je recule lentement, mon pied gauche rejoint le droit dans le monde adulte, et je me détourne du miroir qui à présent grimace.
Quelq
ues secondes plus tard, je consens à y regarder de nouveau. La terreur m'a quittée, je suis résignée, et je lève les yeux pour aller à la rencontre de ces pupilles qui ont tant à me dire. Dans un sourire esquissé je murmure : Bonjour moi...

# Posté le dimanche 19 février 2006 07:56

faux poème

faux poème
l'amour est comme un fil tendu sur leant
Co
rdon de soie fragile tresd'espérances
De lumineux accords, de doux rêves d'enfance
D'éclats de purs rubis, saphirs et diamants.

Mais je ne suis pas funambule
Je ne suis qu'un clown
Et je ne fais rire personne

# Posté le dimanche 04 décembre 2005 05:47

Message

Message
Je veux écrire à ceux qui ne me liront probablement jamais. Je veux écrire à ceux qu'on oublie trop souvent et qui à force d'être ignorés, ont fini par s'effacer peu à peu, gommés comme de vulgaires esquisses par notre indifférence.
A
cette vieille femme noire que je vois souvent en train de nourrir des pigeons ingrats sur les trottoirs sales de Poitiers. Je l'avais vue un jour, arrêtée en plein milieu du trottoir, l'air hagard, les yeux fixés sur le néant grisâtre de la ville, et les gens passaient, sans la voir, bousculant sans gêne son corps frêle. Qu'avait-elle vu ? Quelle vérité indicible avait-elle comprise pour sembler soudain si illuminée ? Et pourquoi étais-je la seule à voir la puissante beauté qui se dégageait de cette troublante apparition ? j'étais fascinée par son visage parcheminé des malheurs de toute une vie, chaque ride me dévoilant une histoire que j'aurais voulu conntre. Je la quittai peu à peu des yeux tandis qu'elle disparaissait, engloutie par le flot pressé des gens aveugles.
A ce mendiant soûl qui danse seul sur la place, ivre de désespoir, tentant d'attirer l'attention de ses gestes maladroits, tandis que les gens, trop habitués, ne lui jettent même pas un regard. Ses mouvements se font soudains plus larges, on dirait un pantin désarticulé, manipulé par la main amusée d'un Dieu cruel. Mais personne ne pose les yeux sur lui. Il finit par se rasseoir, hurlant sa rage, mais ses cris se perdent dans le flot pressé des gens sourds.
A
cette femme autrafois jolie qui chaque jour se rend au parc, toujours plus maquillée, sa robe toujours plus moulante, sa coiffure toujours plus sophistiquée, dans l'espoir vain de rencontrer celui qui saurait réchauffer son coeur glacé d'un soufflé d'amour. Cette femme a été belle, mais elle disparaît à présent sous trop de maquillage, elle n'est plus qu'une écorce vide dans laquelle la sève de la vie a cessé de couler. Pourtant je devine une mince lueur dans ces yeux qui ont trop pleuré :Un infime, minuscule espoir qui la maintient en vie, mais à peine perceptible, noyé dans la noirceur du flot de ses pensées.
Au
garçon effacé pour qui chaque nouveau rire qu'il déclenche est un moyen de se persuader qu'il existe. Chaque phrase qu'il prononce grince d'un ton ironique, que je devine désabusé. il aime faire rire et écouter les autres. Mais il a perdu l'habitude qu'on l'écoute, lui. Sous l'armure qu'il s'est forgée, il subit trop de douleurs, et chaque nouvelle déception est un poignard qui ravive un peu plus la blessure profonde de son coeur, ce coeur dont trop de gens ont oublié l'existence. Et peu à peu son rire à lui se noie dans un flot intérieur de sang et de haine.
A cette jeune fille, maintenant une femme, qui retient tous ses gestes par timidité, qui veut mais qui n'ose pas. Elle porte un deuil trop grand pour elle, et les mots qu'elle voudrait hurler se noient dans le flot de son chagrin et de se larmes.
A cet homme automate, qui chaqhue jour fait les mêmes gestes, accompagns d'un même "bonjour" trop souvent sans réponse. Il passe les articles sur le tapis roulant, prend l'argent, rend la monnaie, ne lève même plus les yeux, sachant qu'ils ne rencontreront aucun regard, et son "au revoir" se dissipe dans le flot d'air bruyant qui l'entoure.
A c
ette femme qui m'a dit "bonjour" avec un sourire, cette femme que je n'aurais jamais regardée dans la rue, mais qui s'est soudain révélée à moi, me révélant au même moment tout un monde que je n'avais pas vu, et tous ces visages ont émergé, d'un seul bloc quand j'ai serré cette main chaude.
Elle m'a rendu mes yeux, elle m'a permis d'écrire
à ces gens qu'on ne voit pas, à ces gens qui se noient dans des flots continus de foules aveugles, sourdes, insensibles, à ces gens qui avaient cesser d'exister et qui renaissent aujourd'hui, quelques instants, sans se noyer dans l'encre de mes mots, mais naviguant sereinement sur un flot d'éternité, ces gens gommés que je redessine d'un trait indélébile. A ces gens dont j'ai fait partie.

# Posté le vendredi 11 novembre 2005 05:39